Archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des Evêques de France (CEF), Mgr Ricard a été Scout de France de 1952 à 1962 à Marseille.
Quels souvenirs gardez-vous de vos années scoutes ?
Ce sont fondamentalement les camps qui m’ont marqués, avec ce que j’ai découvert de la nature. Je pense aux camps faits dans les Alpes, et à un autre en Corse. Une année, alors que j’étais aumônier scout, nous avons descendu la Dordogne en bateaux. Nous avions aménagé des toits d’estafette comme des caissons. Après cette descente, nous avions fait un camp classique près de l’abbaye de Cadouin.
Que vous a apporté le scoutisme dans votre vie ?
Il m’a apporté deux choses : le sens du groupe et l’intériorité. La vie en groupe a été essentielle pour moi dans la construction de ma propre personnalité. Il m’a appris à me décentrer, à ne pas penser qu’à moi, à mes loisirs… mais à davantage penser équipe, patrouille. Réfléchir avec d’autres aussi. La responsabilité de s’occuper de plus jeunes m’a été utile dans l’apprentissage du service des autres. Le scoutisme m’a permis l’apprentissage d’une intériorité. Certes, on préparait la messe au camp, mais ce qui m’a le plus apporté, ce sont les gardes que l’on faisait la nuit, auprès du feu, après la veillée. J’en garde deux choses : la contemplation du ciel et les moments où je revivais l’Evangile. J’étais dans une solitude qui m’invitait à creuser ma relation à Dieu.
Quel a été son apport dans votre vocation sacerdotale ?
C’est au scoutisme que je dois, je crois, le premier appel. Je peux le dater. C’était à Pâques 1959. Après la veillée, le soir, j’ai parlé un moment avec notre aumônier. Et ce prêtre, avec qui j’étais en confiance, m’a posé cette question : «n’as-tu jamais pensé à être prêtre ?». Je me suis entendu lui répondre : «non, mais je veux bien y réfléchir». Ce jour là, j’ai senti une grande joie, comme si tout à coup l’avenir s’éclairait. Cette joie a duré quatre jours, et c’était la semaine sainte. Quand je lui ai dit cela, l’aumônier m’a répondu «c’est bien, tu as le temps. On en reparlera». J’ai ensuite cheminé pendant quatre ans avant d’entrer au séminaire.
Que souhaitez-vous au scoutisme pour les cent ans à venir ?
Je lui souhaite l’apprentissage du sens de l’Autre, c’est à dire de cette attention et de cette confiance faite à Dieu, mais aussi du sens des autres. Dans une société qui appelle chacun à être attentif à son propre bonheur, il est important de rappeler que celui-ci ne s’atteind pas en se repliant sur soi-même. Il ne peut être atteint que s’il intègre le service de l’Autre, le services des autres. Il y a une pédagogie d’ouverture du scoutisme : d’ouverture aux autres, d’ouverture au monde. Cette dimension universelle et universaliste du scoutisme est capitale.
Propos recueillis par A. Pasquier
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Lorsque l’on évoque le scoutisme, on pense d’emblée au jeu. Est-il sérieux de baser une pédagogie sur le jeu ?
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