Robert Kinda, 39 ans, membre de la Fraternité de la Sainte- Famille, sera ordonné prêtre le 4 août à Lisieux. Rencontre.
La tête inclinée à 45°, droite comme un i dans son tablier fleuri, la petite religieuse allonge un large sourire et flanque une grande tape dans l’épaule de son interlocuteur. « Je ne pourrai pas venir à ton ordination, mais je serai présente par la prière. D’accord ? ». Flirtant avec le plafond des Sœurs du Christ de Lavaur, Robert Kinda, 39 ans, ne peut se retenir de rire en lâchant son « OK, merci ! ». Au 1 rue Jouxaygues, ce grand gaillard, qui sera ordonné prêtre le 4 août prochain à Lisieux, est comme chez lui. « Il aime bien être cajolé », lâche une des sœurs. Lors des repas, il occupe même la place du chef de famille, en bout de table. « Vous comprenez, avec son gabarit, il a besoin d’espace ». Le diacre africain, installé sur le Tarn depuis septembre 2006, reconnaît lui-même « ne pas passer inaperçu dans la rue ». Alors, il en profite pour « dire bonjour à tout le monde ».
L’apostolat, fruit de la prière
Après le père Marc de Pins l’été dernier, Robert Kinda, surnommé avec humour « le petit Robert », deviendra dans quelques semaines le second prêtre de la Fraternité sacerdotale de la Sainte-Famille, branche séculière de la communauté des Béatitudes. « Notre fondateur, Ephraïm, voulait que les Béatitudes soient présentes dans les paroisses pour qu’elles profitent de notre charisme », explique cet Ivoirien de naissance, converti de l’Islam au catholicisme à l’âge de 15 ans. « La Fraternité aspire à redonner une dimension familiale aux paroisses. Nous voulons que leurs membres s’y sentent comme chez eux ».
Dans le petit oratoire du presbytère de Lavaur, au premier étage, trône une icône de la Sainte-Famille. Là, tous les matins de la semaine, de 7 h à 9 h, les deux frères de la Fraternité prient, célèbrent l’office et adorent le Saint-Sacrement pendant une heure. « Voilà notre force: vivre une vie d’intimité avec le Christ. Notre apostolat, lui, n’est que le débordement de ce que nous avons contemplé ». Le père Marc de Pins et Robert Kinda s’interdisent ainsi toute réunion avant 9 h du matin pour se consacrer à ce temps privilégié. « Beaucoup de prêtres n’ont pas cette chance. Non pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas ».
Les prêtres ne sont pas des distributeurs de sacrements
Onze années de formation ont été nécessaires à ce fils de Burkinabés pour se préparer à la prêtrise. « Mais l’important n’est pas là. L’essentiel est d’y arriver et de laisser passer le Christ dans chacun des actes que l’on pose ». Avant de choisir d’entrer dans la Fraternité de la Sainte-Famille - « pour sa vie de communauté entre prêtres » - Robert Kinda ne savait pas qu’il devrait quitter Abidjan pour la France et Blagnac, lieu où est installé le noviciat des Béatitudes. « Ça n’a pas été simple d’arriver ici », reconnaît-il. « Le choc culturel est immense! ». Le diacre a notamment été choqué par les maisons de retraite - « c’est impensable en Afrique » - ou par la canicule de 2003, année de son arrivée. « Je ne pouvais pas croire que des milliers de personnes âgées étaient mortes parce qu’elles étaient seules », se souvient-il. La situation de l’Église de France, avec « son manque de chaleur humaine » et sa crise des vocations, a interpellé celui dont la famille entière s’est convertie au catholicisme, son frère est d’ailleurs dominicain. « Si des Africains viennent en France, c’est parce qu’il n’y a plus de vocations », constate-t-il. « Moi, je ne prie pas pour qu’il y ait des vocations, mais pour qu’il y ait des familles qui fassent découvrir la présence de Dieu dans le monde. Et s’il y a des familles, il y aura des vocations ». Dans son futur ministère, Robert Kinda s’attachera à être proche des gens, comme il sait déjà si bien le faire, pour ne pas devenir un simple distributeur de sacrements. « En France, on prend les prêtres pour des fonctionnaires. Les gens veulent des sacrements mais pas de relations. Ce n’est pas notre vision des choses à la Fraternité. Nous, nous leur disons: venez nous voir, vous asseoir avec nous, on est là pour ça ! ».
Premières messes célébrées par Robert Kinda - Dimanche 5 août à 10 h à la crypte de la Basilique de Lisieux; dimanche 19 août à la paroisse Saint-Etienne de Koumassi, en Côte d’Ivoire; dimanche 9 septembre à 10h30 à la cathédrale Saint-Alain de Lavaur.
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