Le
cambriolage de l’église de la Madeleine à Albi en milieu de semaine dernière remet le projecteur sur un phénomène en constante évolution. Des cambrioleurs ratissent tout un territoire à la
recherche d’objets de culte bien précis. Explications.
Finies les visites libres? Le repos paisible et frais du touriste de passage dans la petite église du village? Se dirige-t-on, comme c’est déjà le cas dans de nombreux bourgs isolés,
vers une fermeture à double-tours des portes de tous les édifices religieux? La question se pose, particulièrement dans le Midi de la France et dans le Tarn, après la série de vols perpétrés par
des bandes visiblement organisées dans les cathédrales (Perpignan en septembre, ndlr), les églises ou les chapelles, et ce de jour comme de nuit.
Sur le département, au cours de l’été dernier, sept églises ont fait l’objet d’un pillage. Ostensoirs, calices, ciboires, encensoirs et autres mobiliers de culte ont été volés. Par qui? Pour
quoi? Pour qui? Ces questions restent toujours en suspens, même si la piste de commandes ciblées est privilégiée (voir ci-dessous, ndlr).
La Madeleine à Albi cambriolée
Dernier fait en date, le cambriolage de l’église Sainte-Madeleine, à Albi, dans la nuit du mercredi 24 au jeudi 25 octobre. « Les malfaiteurs se sont laissés enfermer dans la sacristie
», constate, désolé, le père Michel Bousquet, curé de la paroisse Albi-nord. Aucun signe d’effraction n’a été relevé par les forces de l’ordre, les voleurs ont certainement « dû profiter de
la tenue d’une sépulture, dans l’après-midi, pour se glisser par la porte latérale », restée ouverte. Il ne leur suffisait plus alors qu’à se cacher « dans un coin de la chaufferie de la
sacristie » - dont, par ailleurs, ils ont aussi dérobé la clé - et attendre la nuit.
Pour l’heure, seule une partie du ciboire (vase sacré qui renferme les hosties, ndlr), qui se trouvait dans le tabernacle, a été volée. Les hosties consacrées, conservées en son sein, n’ont
heureusement pas été emportées, mais jetées à terre, ce qui exclut le vol en vue de célébrations occultes (type messe noire). Mais l’étendue du préjudice n’est pas encore totalement connue. En
effet, de nombreux calices, ostensoirs et encensoirs étaient rangés dans un coffre, situé dans la sacristie. Les cambrioleurs ont réussi à trouver la clé, malencontreusement cachée dans un des
tiroirs de la sacristie, et sont repartis avec.
Lundi dernier, le père Bousquet, dépourvu de double des clés, n’arrivait toujours pas à ouvrir ledit coffre. « Il y avait une planque dans un des tiroirs », reconnaît le prêtre. «
Déjà, lors des travaux de l’église, des individus avaient essayé d’ouvrir le coffre mais n’avaient pas trouvé la clé ». Il y a, évidemment, peu de chances de retrouver le coffre rempli
une fois celui-ci ouvert…
Pas d’utilisation à des fins contraires à la foi
Ces vols en série inquiètent les responsables du diocèse d’Albi autant que les autorités civiles. En avril 2006, après une première série de pillages du côté de Lavaur et Rabastens, l’archevêque
et le préfet du Tarn « ont voulu qu’il y ait un inventaire, avec photos et descriptions écrites, des objets présents dans les églises, que ces derniers appartiennent à la commune (objets
avant 1905, ndlr) ou à la paroisse », précise le père Bruno Bories, vicaire général du diocèse d’Albi.
Une vingtaine de communes et paroisses seulement ont entrepris cet inventaire. Une seconde piqûre de rappel a dû être faite en août dernier, alors que diverses églises du diocèse avaient déjà été
visitées, via une lettre de l’économe diocésain adressée à tous les prêtres diocésains. « Il est important d’être attentif à ce que l’on possède dans nos églises, car ces objets sont, non
seulement des objets servant au culte, mais également un héritage et un souvenir de la foi de nos pères », estime le vicaire général. « Nous demandons aux chrétiens d’avoir un œil
attentif pour ne pas que de tels vols se reproduisent ».
Toutefois, même si l’Église appelle à la vigilance, elle refuse de tomber dans le travers de la suspicion. « On ne peut que déplorer ces faits, car ils nous touchent en tant que chrétiens,
mais il ne faut pas non plus sombrer dans une méfiance systématique vis-à-vis de toutes les personnes qui entreraient dans une église ». Le père Bories écarte, comme Sylvie Desachy,
conservateur des antiquités et objets d’art du Tarn, toute possibilité d’utilisation de ces objets pour des « pratiques contraires à la foi » selon les termes du prêtre.
Photo : Pascal Buguet
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