Just Catho !
Blog d'un jeune journaliste chrétien
"Le journaliste est l'historien du quotidien"
De retour de l’assemblée des évêques, où il était question de bioéthique, l’archevêque d’Albi veut sensibiliser les chrétiens.
Tous les évêques de France le savent. À moins d’un an de la révision des lois de bioéthique, le temps leur est compté. Déjà mises sur le tapis lors d’une session de formation à Rennes en février,
les questions touchant à la bioéthique ont occupé une large part du planning de l’assemblée des évêques, réunis à Lourdes du 1er au 4 avril.
Près de deux journées ont été consacrées à ce thème avec, en guise de support, seize fiches élaborées par le
groupe de travail présidé par l’archevêque de Rennes, Mgr d’Ornellas. « Ce dossier d’environ 70 pages, préparé avec l’aide d’experts scientifiques et juridiques, traite de nombreuses
questions, allant du statut de l’embryon à la fin de vie », rapporte Mgr Pierre-Marie Carré, de retour de cette session printanière. Ne se limitant pas aux seules questions techniques, ces
fiches de travail, « qui n’ont pas vocation à être publiées mais à servir de base de travail pour les évêques », abordent également des points annexes comme la législation européenne en
la matière ou le rôle du Comité consultatif national de bioéthique.
Hormis
les discours d’ouverture et de clôture de la session par le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Vingt-Trois, on pourrait s’étonner de ne pas trouver de conclusions ou de
synthèse de ces travaux épiscopaux qui soient accessibles au grand public. En fait, les évêques désirent changer leur fusil d’épaule en matière de communication. Les discours de l’Église ne
réussissant pas souvent à percer dans l’espace médiatique, les prélats, reconnaissant qu’ils ne sont pas « des spécialistes en matière de bioéthique », ont été invités à
« s’entourer d’experts au sein de leur diocèse. L’évêque ne doit pas être seul pour sensibiliser les communautés chrétiennes sur cet enjeu de société », approuve l’archevêque d’Albi.
« Nous n’allons pas attendre 6 ou 7 mois, et la prochaine assemblée des évêques, pour reparler de ces questions. C’est ce travail à la base qui nous revient de mettre sur pied dès
maintenant. Des personnes doivent se proposer et entrer en contact avec leur évêque ».
Euthanasie: ne pas franchir cette limite
L’actualité
brûlante de ces dernières semaines, avec la fin tragique de Chantal Sébire, donne raison aux évêques. Alors que d’autres formes de lobbying arpentent les plateaux de télévision pour défendre leur
cause, l’Église de France doit attendre de laisser passer la vague pour être entendue. « Il est impossible de s’exprimer en pleine polémique », constate Mgr Carré. « Les grands
médias cherchent l’émotionnel ». À moins de faire pathos contre pathos, ce qui n’est pas sa volonté, l’Église préfère voir s’instaurer un véritable débat, loin de tout
sensationnalisme.
Sur cette question de la légalisation de l’euthanasie,
l’archevêque tarnais tient à réaffirmer les fondements de la doctrine catholique en la matière. Outre le commandement « tu ne tueras point », Mgr Carré rappelle que « pratiquer
l’euthanasie, c’est prendre autorité sur la vie d’un autre ». En dehors de considérations strictement religieuses, dire oui à l’euthanasie c’est « s’engager dans un domaine qui peut
vite devenir glissant […] C’est ouvrir une limite avec la crainte qu’ensuite il n’y ait plus aucune barrière ». L’Église, « qui a toujours enseignée que la souffrance était un mal
contre lequel il faut lutter », regrette la mise à l’index de la loi Léonetti sur la fin de vie. « Même si celle-ci frôle parfois avec la limite, elle a l’avantage de souligner qu’il
existe des soins palliatifs ». D’ailleurs, Mgr Carré signale que l’Église ne fait pas que condamner, « elle sait aussi encourager tous ceux
qui agissent auprès des personnes qui souffrent ».
Au creux de cette réflexion, c’est aussi une certaine conception de la société qui se pose. « Ce n’est pas parce quelque chose est possible techniquement que pour autant ça contribue à faire
grandir l’humanité », prévient le prélat albigeois. « La loi n’est plus un soutien, un horizon qui faisait progresser l’humanité, mais elle est devenue le reflet de ce que pense la
société. Je le regrette ».
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