Invitée à intervenir dans le cadre des conférences bioéthiques, l’élue
auvergnate a dénoncé la démarche eugénique de la FIV.
Au fond, les Français connaissent-ils réellement l’assistance médicale à la procréation ? Surtout, ont-ils idée des questions éthiques qui découlent de la FIV et de l’insémination artificielle,
présentées comme les remèdes à la stérilité ? « Le gouvernement a conscience de la gravité de ces questions », laissait entendre Élizabeth Montfort, ancien député européen, lundi soir à la salle
du Pigné d’Albi. Une conscience qui n’empêche pas la France de glisser un peu plus « vers une démarche eugénique » et le gouvernement de trouver sans cesse « une nouvelle manière de transgresser
les principes ».
Répondant à l’invitation de la commission bioéthique, qui organise depuis début mars une série de conférences sur la révision des lois de bioéthique en 2010, la conseillère régionale d’Auvergne a
rappelé que la fécondation in vitro, qu’elle soit hétérologue ou homologue (voir encadré ci-contre), est toujours précédée d’un diagnostic pré implantatoire, dont l’objet est « de repérer les
embryons sains et vigoureux » pour ensuite les implanter dans l’utérus de la femme (1) . Congelés, les embryons restants sont soit conservés pour une autre tentative de fécondation (le taux de
réussite d’une FIV est d’environ 20 %), soit abandonner au profit d’un autre couple, soit abandonner au profit de la recherche (2). « Le DPI n’est rien d’autre qu’un tri embryonnaire eugénique
selon le critère de la santé », a dénoncé la conférencière. « L’embryon est un être humain, et doit être respecté comme tel. Qu’est-ce qui demain nous empêchera de choisir notre enfant en
fonction de son sexe ou de la couleur de ses yeux », comme c’est déjà le cas dans certains États américains.
Accessible uniquement aux couples souffrant de stérilité, la fécondation in vitro peut toutefois être employée dans le cas du « bébé-médicament », dit du « double espoir », autorisé par la loi de
bioéthique de 2004. « Un couple, dont le premier enfant souffre d’une maladie particulière, peut procéder à une FIV où ne seront sélectionnés que les embryons compatibles avec l’aîné ». À sa
naissance ou au cours de sa vie, le cadet pourra se voir prélever des organes ou tout simplement de la moelle osseuse pour soigner son frère. Là aussi, « on procède à une sélection à laquelle
s’ajoute l’intention de donner naissance à un enfant non pour lui-même mais en vue d’une fin médicale » (3).
Mères porteuses, « le nouvel esclavage »
À ces objections éthiques concernant le tri embryonnaire s’ajoute, pour Élizabeth Montfort - et cela vaut pour l’insémination artificielle - la dissociation introduite par l’AMP entre l’acte
sexuel et la procréation. « En faisant intervenir un donneur extérieur, la FIV hétérologue crée une véritable rupture dans l’unité du couple » selon elle. Une cassure également vraie pour la FIV
homologue, même si certains jugent la chose plus ténue. « La personne humaine est une, et l’acte d’amour est à la fois une communion des cœurs, des êtres mais aussi des corps ».
Cette rupture est poussée à son paroxysme depuis l’apparition de la technique des mères porteuses, aujourd’hui interdite en France mais dont certains souhaitent voir légaliser la pratique de
manière encadrée. Faisant l’objet des mêmes critiques que pour la FIV, puisqu’il faut en passer par là, la gestation pour autrui implique surtout une véritable « déconstruction de la maternité
puisque cinq acteurs au moins peuvent intervenir : la mère intentionnelle qui désire l’enfant, la mère biologique qui fait don de ses ovocytes, la gestatrice qui porte l’enfant, le père
intentionnel et le père biologique ». Pour Élizabeth Montfort, d’une part cette technique fait naître un nouveau concept de parentalité, la parentalité intentionnelle, mais d’autre part « elle
réduit les femmes en esclavage », les transformant en prestataires d’enfants. « Une femme enceinte ne l’est pas seulement dans son corps, elle l’est aussi dans tout son être. Elle ne peut être
réduite, à ce titre, à son ventre ». Si elle ne se fait guère d’illusions qu’à l’assistance médicale à la procréation, Élizabeth Montfort espère, au moins, que le législateur ne franchira pas le
pas de la légalisation des mères porteuses, au risque de bouleverser un fondement de notre société.
1 - En cas de grossesse multiple, il est procédé à une réduction embryonnaire, c’est-à-dire une IVG des embryons non voulus.
2 - Ce sont sur ces embryons que sont prélevées les cellules souches embryonnaires, provoquant la mort de l’embryon.
3 - Dans son rapport 2008, l’Agence de Bioémédecine indique qu’aucun bébé-médicament n’a encore vu le jour en France.
Homologue, hétérologue ?
• La fécondation in vitro homologue désigne une fécondation prenant place au sein d’un couple, avec leurs propres gamètes, vivant ensemble depuis au moins deux ans, et dont l’un des deux membres
souffre de stérilité.
• La fécondation in vitro hétérologue désigne une fécondation prenant place au sein d’un couple, avec un don de gamètes extérieurs (ovocytes ou sperme), vivant ensemble depuis au moins deux ans,
et dont l’un des deux membres souffre de stérilité.
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